Smart City d’aujourd’hui et de demain

DESIGN DANS LES ESPACES URBAINS !

La série « Ville intelligente d´aujourd´hui et de demain » traite de la ville intelligente à l´exemple de l´espace public urbain. Après les thèmes prioritaires « Lumière » et « Multifonctionnalité », cette édition se consacre au « Design ». Dans l´interview avec l´architecte-paysagiste AW Faust, vous découvrirez quelle importance revêt une conception attrayante (intelligente) des espaces libres pour créer un environnement urbain où il fait bon vivre, et pourquoi ces espaces ont une si grande importance pour la population et l´environnement, à une époque où la société est hautement technicisée.

Espaces libres urbains: expression des qualités urbaine et environnementale

Les espaces libres sont très importants pour la qualité de vie urbaine. Ils revêtent des formes très diverses: cours intérieures, jardins, surfaces de bâtiments végétalisées, espaces non construits liés aux quartiers, places, espaces de rue, vastes parcs.

Ces espaces publics libres sont partie intégrante des espaces urbains ainsi que du cadre de vie et de travail des habitants. Ils remplissent des fonctions sociales, écologiques, culturelles et identitaires. Lieux privilégiés de rencontre, de communication, de détente et d’activité, ils sont utilisables de différentes façons et s’adressent à toutes les générations.
Des plantations autochtones, compatibles avec le site, contribuent à entretenir un climat urbain sain, maintiennent la biodiversité, contribuent à assurer la pureté de l’air et le bien-être des habitants.

Facteur de valeur pour villes intelligentes

Pour les villes elles-mêmes, c’est un facteur de valeur décisif, lorsque les espaces libres ont de hautes qualités: des espaces publics bien entretenus, avec des emplacements accueillants pour s’asseoir et séjourner, ont des répercussions importantes sur l’attractivité et l’image d’une ville.
Concurrentes les unes avec les autres, les villes se démarquent de plus en plus avec des espaces libres, agréablement aménagés. Ces espaces répondent au souhait exprimé d’un environnement respectueux de la nature au cœur de la ville et, servant de scène à la vie publique, ils invitent toute l’année au bien vivre ensemble.

Meilleure utilisation dans des villes en expansion

Particulièrement dans les agglomérations urbaines, les espaces libres urbains sont de plus en plus utilisés. L’accroissement constant de la population entraîne une augmentation de la consommation de surfaces urbanisées. À maints endroits, la densité des structures urbaines augmente, ou bien celles-ci sont conçues dès le début, de façon plus compacte. Conséquence: les espaces libres se raréfient, mais de plus en plus de personnes les utilisent, sous des formes différentes.
Enfin, les effets des changements climatiques se font remarquer. Les espaces libres sont utilisés plus intensément. Des températures moyennes plus douces et des périodes de chaleur plus fréquentes font en sorte que les citadins passent plus de temps en plein air. Ces changements invitent tout simplement les gens à se rencontrer dans des endroits publics. La vie est délocalisée vers les espaces libres. Autrement dit : la demande grandit en nouveaux emplacements, qui offrent un cadre approprié.

Intégration intelligente d’espace libres et d’espaces verts

Comment ces espaces libres sont-ils intégrés dans un développement urbain fiable et intelligent? Dans la pratique, les exigences étant différenciées, le développement des espaces libres doit être multifonctionnel. La notion « smart » doit être plus largement comprise : elle peut aussi s’appliquer à des espaces libres, où l’on peut vivre différentes expériences. Un aménagement durable et esthétique, en harmonie avec la nature et ses éléments, crée des espaces d’expérience attrayants, qui, d’une part, remplissent des fonctions très différentes et, d’autre part, font vibrer la corde émotionnelle des personnes. Plus que tout autre élément, un environnement respectueux de la nature a une répercussion positive sur l’état de santé subjectif et accroît le bien-être.
En ce sens, les espaces libres sont les porteurs d’espoir des villes intelligentes. Leur aménagement, autant que possible pluridimensionnel, font fusionner ville et paysage et procurent une qualité urbaine, à laquelle de nombreux citadins aspirent.

Interview d´expert

AW Faust
SINAI Gesellschaft von Landschaftsarchitekten mbH, Berlin

Lors de notre entretien avec AW Faust, portant sur la signification et l’importance d’espaces extérieurs intelligents dans le contexte d’une ville intelligente (smart city).

L’approche « Smart-City » comme concept d’une ville où il fait bon vivre sur le long terme s’impose de plus en plus. Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

Faust: Considérons les deux termes pour eux-mêmes – Smart et City. Pour moi City représente un mode de vie urbain. Pour agréable que soit la vie à la campagne, la vie citadine semble être le mode de vie potentiellement le plus viable. Avec de courtes distances, les villes permettent un style de vie porteur d’avenir. Nous voulons rendre la vie en ville attrayante et agréable tout en exploitant au mieux son potentiel d’économie intrinsèque. Ce qui nous conduit au terme de « smart ».
Pour moi, « smart » signifie tout d’abord astucieux ou futé. Je le traduirais par : Faire au mieux avec mes possibilités. J’essaie de tirer profit de chaque situation, ce qui est bien entendu lié aux notions d’économie et d’efficience.
Nous donnons souvent au terme de « smart » une connotation très technique. Les villes portant ce qualificatif sont associées à des cités en réseaux denses, fondées sur l’intercommunication de systèmes dans le secteur de la mobilité ou de la consommation d’énergie pour l’habitat et le quotidien.
Nous voulons toutefois donner une tout autre interprétation à ce terme. Prenons l’exemple du smartphone : C’est pour moi une invention tout à fait fascinante ; moins d’un point de vue technique que parce qu’il s’agit d’un « outil » utilisable de façon absolument universelle, tout en restant de taille modeste. Cette universalité, cette fonctionnalité globale, nous l’imaginons aujourd’hui pour les espaces ouverts. Nous imaginons des espaces si importants qu’ils ne remplissent pas seulement une seule fonction, mais une multitude de fonctions. C’est ainsi que nous entendons « smart ».

Comment définissez-vous en tant qu’architecte-paysagiste la notion d’ « espace
ouvert » ?

Faust: Pour simplifier : L’espace ouvert est ce qui reste après avoir retiré tous les objets tridimensionnels. Et je trouve qu’il s’agit malgré son caractère archaïque d’une approche révolutionnaire. Jusqu’à récemment, nous étions habitués à interpréter l’urbanisme comme une sorte de « patchwork parcellisé » et attendions qu’une surface nous soit attribuée qu’il convenait alors de mettre en forme d’une façon ou d’une autre.
En fait, il faudrait mettre chaque lieu de la ville au banc d’essai et se poser la question : Que peut-on encore tirer de ce lieu ? Prenons un exemple qui concerne de nombreuses grandes villes : L’espace sous les ponts. On produit là quelque chose d’invisible sur les plans de situation et les vues aériennes mais qui réjouit ou irrite ceux qui se trouvent à proximité immédiate. Ce sont des espaces qui ne sont pas très faciles à façonner et qui, par définition, ne sont pas très attrayants. Toutefois, ces lieux existent et on ne peut pas se contenter de les ignorer. Il vaut la peine de se demander : Que peut apporter ce lieu à la
nature, aux hommes, au climat, à l’eau ? Ces quatre catégories devraient toujours figurer sur les listes de vérification lorsque l’on entreprend une analyse des surfaces de ce type.

Quelle est l’importance de l’espace ouvert aujourd’hui et dans les « structures citadines smart » de l’avenir ?

Faust: D’une part, comme je viens de le mentionner en parlant des catégories, nous sommes habitués à considérer de manière très scientifique les espaces ouverts comme habitat pour les plantes et les animaux, et dans le contexte de la structure des effets du climat. C’est une bonne chose qui s’exprime dans le terme monstrueux d’« infrastructures vertes » auquel nous sommes actuellement confrontés.
Il s’agit quasiment d’un nouveau levier permettant – en plus des infrastructures techniques et des transports – de revaloriser les espaces ouverts de la cité. Plus important et à ne pas oublier, c’est que les espaces ouverts jouent un rôle prépondérant lorsqu’il s’agit d’influencer positivement la condition et l’état d’esprit des individus.
Les espaces ouverts créent une ambiance. Ils atténuent quelque peu les inconvénients de la vie citadine, séduisent et sont une agréable compensation. On sent bien comment les gens sont d’une part fascinés par les conditions imposées par un environnement performant hautement technicisé tout en étant constamment dépassés. Et là, nous pensons que les espaces ouverts sont une occasion de proposer des lieux d’expérience contrastants. Des lieux d’expérience que l’on ne peut pas avoir dans un espace numérisé ou même fermé.
Nous devons toucher un niveau émotionnel. Et ce niveau émotionnel – lié à la notion de l’impact de l’ambiance des espaces – est en fait un domaine que nous voulons communiquer avec une insistance croissante. Nous devons veiller à ce que la vie dans notre société reste attrayante et productive au sens de l’échange entre les individus. Et je crois que les espaces ouverts ont ici un rôle à jouer.

Comment un aménagement bien étudié de l’espace ouvert peut-il modifier les conditions de vie dans un environnement urbain ?

Faust: On distingue deux niveaux de perception activés lorsque l’on se déplace dans une ville : l’un est un niveau de perception centré alors que l’autre est fortuit.
Le niveau centré est ce que l’on imagine plus ou moins comme la conséquence d’images conscientes et aussi ce que l’on commente plus ou moins consciemment. À ceci s’ajoute tout ce qui est fortuit, autrement dit la perception et le traitement en continu de signaux émis par l’environnement qui s’assemblent pour former une mosaïque ou un caléidoscope d’impressions. Et même sans être biologiste humain ou neurologue, je sais par ma propre expérience que nous sommes sans cesse confrontés à des perceptions mixtes de ce type. Nous pouvons essayer de guider ces perceptions avec nos outils et tenter de les réguler avec nos éléments de conception.
Lorsque nous établissons des plans dans notre bureau d’étude, nous parlons toujours du programme, de l’espace et de sa configuration, mais aussi de l’ambiance. Ces aspects sont dépendants l’un de l’autre et correspondent. L’ambiance peut aussi bien être le résultat d’un aménagement que d’un programme. On entend par programme : Que se passe-t-il ici en définitive ? Quelle est la destination de ce lieu ? C’est au maître d’ouvrage ou à la ville de définir quel rôle doit revenir à l’espace ouvert après aménagement.
Exemple : Je souhaite aménager un complexe sportif pour les jeunes et les familles. En tant que concepteur, je demanderais ce que les jeunes et les familles attendent d’un complexe sportif susceptible de les motiver et de leur faire plaisir ? Cela semble évident. Il s’agit peut-être d’un lieu qui fonctionne avec une conception percutante, des couleurs vives et des formes décalées. Le programme me fournit des renseignements et des propositions d’aménagement.
Mais à l’inverse, et c’est tout aussi passionnant, la fonction de cet espace devient également un élément de son aménagement et de son ambiance. Nous réfléchissons toujours à deux fois avant de déterminer le lieu d’implantation de l’aire de skateboard au sein du complexe sportif. Non seulement parce qu’elle est bruyante et ne doit pas être à proximité d’une zone habitée, mais aussi parce que c’est un endroit qui attire beaucoup de monde. En implantant une fonction très attrayante, on peut ouvrir la structure d’effets d’un complexe sportif en disant : Qu’est-ce qui se passe et à quel endroit ? Comment s’organise la dynamique de l’ambiance ?

Quand considérez-vous qu’un espace public urbain est attrayant ?

Faust: Les réponses sont multiples. Je trouve parfois des espaces ouverts très attrayants là où je n’y comptais pas. Généralement, j’aime les espaces ouverts authentiques. J’admire la beauté d’un ancien verger, mais aussi celle d’une place ancienne.
La nuit, je trouve aussi qu’une station-service est belle. À condition qu’elle soit conforme à sa destination, bien conçue et qu’elle véhicule une certaine atmosphère. Ainsi, on associe souvent une station-service aux voyages, au mal du pays ou bien encore au retour chez soi ; cela peut donc être un lieu positif et attrayant.

Le sujet Smart City sera-t-il abordé de manière trop technique ?

Faust: Avec les termes Smart City, nous disposons d’une terminologie assez déterminée. Pour la plupart des ville il s’agit aussi d’un label et que la technique est toujours présente.
Dans ce contexte, nous avons réalisé une expérience et essayé de communiquer ce que signifierait la notion de « Smart Scapes » (traduit par : paysages intelligents). Nous avons alors constaté qu’il existe ici, dans une certaine mesure, une ligne technologique dans laquelle la lumière joue un rôle important. Mais également l’eau et toutes les autres ressources qui y sont liées. Il existe aussi une foule d’autres thèmes qui ne peuvent pas être abordés sur le plan technique, mais qui peuvent tout à fait être « smart ».
Nous devons interpréter différemment ce terme pour le paysage. Smart dans le sens d’intelligent sans perdre de vue la question de départ : Est-ce que le potentiel de l’endroit est pleinement exploité ? Pour moi smart signifie : Ouvrir une très grande fenêtre avec un très petit levier.

Quels éléments d’aménagement utilisez-vous pour créer du bien-être et une ambiance ?

Faust: Comme je l’ai dit, les espaces ouverts sont tout sauf des bâtiments tridimensionnels. Cependant, ils ne constituent pas une masse immuable qui se déroule à travers la ville. Les espaces ouverts sont très divers et aussi complexes que les pièces d’une maison. Les espaces ouverts servent à la détente, aux rencontres et à l’hygiène mentale. Comme pour chaque pièce de la maison, je peux aussi trouver une analogie pour chaque espace ouvert et bien plus encore.
Nous aimons prendre de références urbanistiques. La première chose à laquelle on doit réfléchir est la suivante : Lorsque j’ai devant moi une ville, la première question qui se pose est celle du rôle de l’espace dans toute la ville dans son ensemble. S’agit-il plutôt d’un espace procurant le calme, la tranquillité ou est-ce un espace destiné à être totalement inefficace, voire anti-efficace ? Est-ce un espace haute performance au cœur de la ville, qui doit supporter beaucoup de voitures, beaucoup de circulation, beaucoup de passants, meublé de magasins, quasi reproduction de cette image de la ville comme scène perpétuelle ?
Il y a là une décision fondamentale car chaque lieu diffère et c’est justement cette diversité dont nous avons besoin. À partir du moment où nous savons à quel système d’espace attribuer un lieu particulier, nous pouvons commencer à ajuster à ce système le « programme », l’espace et l’ambiance optimisés par interaction. Avant de parler de bois, de pierre ou de métal, nous nous familiarisons avec l’utilisation. Est-ce un lieu utilisé par les jeunes ou par tous ? Quel serait l’effet optique obtenu ? Ou est-ce plutôt un espace-jardin ou un espace minéral très urbain ? Est-ce un lieu qui doit aider à résoudre notre problème d’eau pluviale ou un lieu pouvant servir de réservoir pour 50 000 m³ d’eau ?
Voilà une longue succession de questions. Depuis l’idée du programme jusqu’à l’ambiance qui en naît en passant par l’idée formelle. C’est l’éternel enchaînement de l’« essai – erreur – prochaine étape ». Puis se pose la question : Quel est le caractère de l’espace – harmonieux ou dynamique, aux formes rondes ou carrées ? Autrement dit, quel est le langage formel qui correspond à cet espace et quel type de mouvement en découle ? Il existe une différence fondamentale entre le déplacement des personnes sur des trajectoires droites ou courbes. Ce déplacement est-il lent ou rapide ? L’espace a-t-il un caractère végétal, est-il luxuriant ou austère ?
Et pour conclure : Quelle matérialité est-ce que cela détermine ? Quel en est la dureté, la rusticité ou le poli ? Nous en arrivons ici aux paramètres requis pour obtenir une image harmonieuse à partir d’une image spatiale. Ce sont ces éléments qui interviennent de façon déterminante dans l’harmonie et l’ambiance d’un espace.

Comme lieux de rencontre, de repos et d’activité, les espaces ouverts doivent satisfaire à diverses utilisations. Comment répondez-vous à la diversité de ces exigences ?

Faust: J’essaye toujours de ne pas trop en demander à l’espace. À l’aide de formules creuses, nous avons mis l’accent sur quelques promesses récurrentes que nous ne pouvons pas toujours tenir. La vitalité par exemple. Mais je ne peux pas dire de chaque place de la ville qu’il s’agit d’un lieu animé et vivant. La multifonctionnalité est un aspect important pour un espace ouvert. Plus une place est centrale et vivante, plus elle devra remplir de fonctions.
La première chose que je défends est la suivante : Laissez la vitalité et l’urbanité là où elles se trouvent. Permettez-moi de citer Jan Gehl : L’urbanité est un chevreuil farouche. Dans les nouveaux quartiers, nous avons plutôt le problème de générer cette densité urbaine, relativement évidente dans les centres-villes historiques à développement lent. Pour moi, le problème ne se pose pas. Je pense que ces places médiatrices existent et qu’elles peuvent tout à fait avoir un côté rêveur et verdoyant. Il n’y a pas que des points chauds centraux et multifonctionnels devant pouvoir répondre à tous les besoins.
C’est pour moi très important parce que nous devons examiner de plus près notre compréhension de l’urbanité. Il y a quelques années, les choses se présentaient ainsi : Nous planifions une ville, en son centre se trouve une place, cette place est urbaine et donc en pierre. Cette pseudo chaîne de causalité nous cause aujourd’hui des difficultés parce que ces lieux n’ont pas entièrement rempli leurs promesses. Dans les nouveaux quartiers, il est très difficile de créer des lieux vivants. Par ailleurs, le débat actuel sur le changement climatique nous amène à ne pas imperméabiliser trop de surfaces. Nous ne pouvons pas considérer automatiquement ces surfaces comme espaces urbains « durs ». Ce sont en effet des surfaces qui sont vertes et doivent le rester. Il faut ici à nouveau aborder des qualités d’espaces urbains différenciées.
L’espace le plus dense véritablement utilisé dans une ville est celui qui est si souvent traversé de part et d’autre que la verdure n’y a pas sa place. Généralement, nous voulons que ces lieux assument un maximum de trafic sans toutefois laisser agir les places comme des points de circulation mais comme des espaces de vie. Ce qui nous amène à cette idée qui connaît en Allemagne un succès croissant : Créer une zone à circulation réduite en centre-ville et non plus exclusivement dans les rues résidentielles. Pour ce faire, nous devons progressivement voir nos places publiques comme des aires de jeu ouvertes sur
lesquelles la circulation occupe plutôt un rôle annexe. En premier lieu, les individus doivent vivre et utiliser l’espace.
Nous constatons sans cesse : Dans ces espaces, la discrétion des aménagements est nécessaire et importante parce qu’elle permet de laisser à ces lieux la possibilité de remplir leur programme. Programme qui, dans ce cas, signifie : Marchés hebdomadaires, fêtes, tous les événements extérieurs susceptibles de faire de ces places des lieux de rencontre. Dans ce cas, nous sommes bien inspirés de nous en tenir à un aménagement minimaliste.

Mot-clé « Utilisation ». Quel est le rôle attribué au mobilier ?

Faust: Le mobilier joue un rôle de différentes manières. Les panneaux de signalisation, corbeilles de propreté et systèmes d’information me confrontent à un dilemme : D’une part, ils ne doivent pas dominer l’espace sans non plus le marquer sur le plan conceptuel, mais doivent en revanche être visibles sous peine de perdre leur raison d’être. Autrement dit, on essaye de négocier un compromis.
En ce qui concerne les systèmes de mobilier utilitaires, nous avons résolument opté pour la retenue. Ce qui ne s’applique pas aux sièges, le fait d’être assis représentant à notre avis une activité humaine plus ou moins active pouvant s’exprimer dans la forme des meubles. Un banc est pour nous une forme d’utilisation d’un endroit. Elle est une raison de rester sur cette place. En cela le banc se différencie d’une corbeille de propreté. Celle-ci sert également, mais de manière plutôt fortuite.
Un banc est un meuble qui se trouve en état de transformation permanente. Il existe apparemment des règles géométriques fixes déterminantes pour le confort du banc. Et les édiles ne manqueront pas de dire : Un banc doit avant tout être confortable. Mais c’est sans compter que la sensation de confort en position assise évolue aussi. Il y a quelques années, j’aurais dit : Un banc possède un certain angle d’inclinaison de l’assise et du dossier, un certain rapport entre la hauteur du dossier et la longueur de la surface de l’assise. Cela ne sera pas radicalement remis en question, mais des modifications ne sont pas exclues.
Avec la diffusion du mobilier lounge, les gens s’assoient désormais différemment dans les espaces publics. Ils sont assis plus profondément, en posture plus allongée que verticale. Parallèlement, les sièges doivent être plus hauts pour que les personnes âgées puissent se lever plus facilement. Il y a donc de nombreuses manières de donner forme à l’action de s’asseoir. En outre, nous trouvons qu’un banc doit être à la hauteur du concept d’aménagement de l’espace, alors il fait partie de ce que l’on voit consciemment et de ce qui fait le rayonnement de l’endroit. Avec sa matérialité et sa géométrie, le banc constitue un thème conceptuel important.

Comment concevoir le mobilier pour qu’il remplisse sa fonction tout en étant bien intégré au concept d’aménagement ?

Faust: On parvient ici à une forme adéquate par le biais de la fonction ou du programme, sachant que dans ce contexte ces deux termes sont pour moi identiques.
Un banc est un merveilleux exemple d’interaction entre le programme, la forme (forme étant synonyme ici d’aménagement de l’espace et de disposition dans l’espace) et l’ambiance. Car en définitive, par la manière dont ils s’assoient, les individus participent aussi au caractère du lieu. Et c’est un bel exemple montrant comment il est possible de renforcer cela par un objet.
Mais il faut aussi tenir compte de l’interaction avec d’autres critères tels que : comment placer le banc sous l’arbre ? Quel est l’impact des tensions de ce lieu sur ce meuble ?

Comment assurez-vous le bien-être et une bonne ambiance à la tombée du jour et pendant la nuit ?

Faust: Là aussi nous essayons de trouver une image différenciée, car il y a des lieux d’ombre et des lieux de lumière. Nous avons affaire à des lieux pollués par la lumière qui ont besoin d’un certain apaisement. Nous avons aussi affaire à des lieux qui n’ont jamais assez de lumière. Sans lumière, le Times Square ne serait pas ce lieu légendaire.
Nous nous interrogeons sur la quantité de lumière, à savoir de clarté, nécessaire. Nous pensons en termes de mise en scène ; et la couleur de la lumière joue ici un rôle, de même que la différence entre la lumière en tant que moyen d’orientation et d’éclairage, et la lumière en tant que support de mise en scène. Les beaux endroits ont toujours de belles coulisses qui en sont le véritable temps fort. Le lieu n’est pas un objet et le travail que nous faisons sur les coulisses est déterminant.
Nous sommes toujours relativement économes de lumière. Car c’est justement dans les zones à haute densité de population que rendre le ciel visible devient un défi considérable. Ce qui explique pourquoi nous attachons tant d’importance à l’utilisation parcimonieuse de la lumière.

Quelle importance revêt pour vous, voire dans vos projets, l’aménagement de l’espace par l’éclairage ?

Faust: L’éclairage n’est pas pour nous obligatoirement le thème central de l’aménagement, mais lorsque nous l’identifions comme tel pour un certain projet, nous demandons une assistance extérieure. J’éprouve un très grand respect pour les professionnels de l’éclairage. Puis nous établissons ensemble une sorte de « Guide de la lumière » pour mettre en scène l’espace.

En plus de l’éclairage de base, un éclairage intensifié est utilisé pour souligner les particularités de la ville et de l’espace. Comment intégrez-vous l’éclairage à vos
travaux ?

Faust: L’espace est pour nous un vecteur déterminé par ses propres limites. Pour nous, l’aménagement des coulisses est par conséquent, comme mentionné plus haut, le thème central. Un espace urbain historique important l’exige et est en droit de l’obtenir. Nous aménageons ici l’espace la nuit avec un éclairage qui se reflète sur la façade. Et même du point de vue marketing, je veillerais à ce que cet espace ouvert reste un espace vivant pendant la nuit.

Chaque luminaire a un effet spécifique, de jour comme de nuit. Quel est pour vous le rôle diurne ?

Faust: Il est impossible d’ignorer un objet qui mesure de cinq à, disons, douze mètres de haut. Les luminaires dérangent parfois ; dans un parc par exemple, je n’ai vraiment pas envie de les voir. Dans d’autres espaces ou situations toutefois, un luminaire est un élément tout à fait décoratif, de jour comme de nuit.
Pour nous, les luminaires sont des objets utilitaires. Ce sont pour nous des objets minimalistes. Mais pas minimalistes au sens d’invisibles. Chaque luminaire et groupe des luminaires a un effet spatial. Il ne construit pas l’espace comme un mur mais le structure. Une rangée de dix luminaires alignés à la lisière de la place constitue une lisière précédant la lisière. C’est quelque chose d’extrêmement sensible car elle permet de saisir la topographie.
En l’absence de rebord bien défini et de règle de circulation claire, le luminaire participe au système de signes informel. Un luminaire est un élément de l’espace que l’on peut utiliser de manière très ciblée même pendant la journée.

Les luminaires et le mobilier utilisés dans vos projets forment-ils une unité de conception et qu’elle est pour vous l’importance de la forme d’un luminaire ?

Faust: Nous passons toujours par l’interaction suivante : Quels sont les traits caractéristiques, significatifs et typiques de l’endroit, et quels sont ses traits particuliers ? C’est dans ce contexte que vient s’inscrire le luminaire. Le luminaire correspond bien entendu au contexte général de l’endroit, c’est-à-dire que si je me suis décidé en faveur d’un ton de bronze, le luminaire sera dans le même ton. Ou bien il s’harmonise aux éléments métalliques d’un banc ou d’autres objets utilitaires de l’espace et vient ainsi s’intégrer visuellement dans l’ensemble.
Nous testons cette interaction au préalable par des présentations « Look and feel » pour visualiser en premier lieu avant de procéder à l’échantillonnage à l’étape suivante. La couleur joue ici un rôle prépondérant. Comme je l’ai déjà dit, un luminaire est un élément spatial important et, en partie également, un indicateur de proportion. Je suis tout particulièrement impressionné par le concept du luminaire stèle. Sa conception modulaire fait pour moi partie d’une esthétique.
Nous veillons à ce que la conception des luminaires ne soit pas expressive pour ne pas être dépassée par la mode. C’est pour nous un aspect très important car nous aménageons les espaces ouverts avec des plantes et des arbres dont on ne va percevoir les effets que dans 20 ans. Par conséquent, la qualité du luminaire est aussi importante ; dans la plupart des cas, un luminaire un peu plus cher à l’achat se révèlera plus avantageux au cours des ans. Ce qui s’inscrit également dans la perspective de durabilité. Nous sommes très respectueux du temps requis par les espaces ouverts avant de pouvoir déployer entièrement leur impact. Il suffit ici de penser aux plantations.
C’est pourquoi nous insistons sur l’extrême durabilité des matériaux ; nous privilégions par exemple la pierre naturelle quasiment indestructible par rapport aux blocs de béton. En considérant les critères de durabilité, il est facile de calculer que, bien qu’étant plus cher à l’achat, un matériau présente de nombreux avantages en termes d’intemporalité et ici, en référence à la pierre, de recyclabilité et de caractère régional. Les frais engagés pouvant parfois être supérieurs jusqu’à 70 pour cent sont ainsi défendables et les clients adhèrent de plus en plus à cette manière de voir.

Quelle est la contribution des luminaires multifonctionnels en ce qui concerne les fonctions supplémentaires de l’espace ?

Faust: La conception des espaces ouverts d’une Smart City demande que l’on s’attaque à une multitude d’exigences. Il y a de nombreuses attentes à combler et toutes sont liées à un quelconque objet. C’est pourquoi, j’attends beaucoup de ces luminaires. Les systèmes d’éclairage multifonctionnels nous aident à solutionner une grande quantité de ces exigences à partir d’une source unique – ce qui est pour nous un atout et un argument de persuasion important. Ces luminaires possèdent des éléments smart dans la perspective de leur universalité.
Exemple : l’électromobilité. Bien entendu, nous souhaitons que la proportion des véhicules électriques augmente. Mais quand j’imagine ce que cela représente en termes de mobilier urbain – à savoir une foule de caissons de chargement inesthétiques –, je me demande s’il ne serait pas possible de connecter le tout au réseau de l’éclairage urbain. Puis-je ici connecter les luminaires ? Ce serait souhaitable ! La connexion des luminaires au WiFi s’inscrit entièrement dans notre optique d’activer un espace ouvert pour tous – aussi pour ceux qui aiment les espaces virtuels – et d’en faire un lieu de vie attrayant. Et si c’est possible, sans la présence de pièces rapportées grotesques.
Merci beaucoup, AW Faust

SINAI Gesellschaft von Landschaftsarchitekten mbH

Le bureau d’étude paysagiste « sinai Gesellschaft von Landschaftsarchitekten mbH » planifie et développe des espaces extérieurs. Il exerce ses activités dans tous les domaines de l’architecture paysagère contemporaine. sinai a démarré en janvier 2006 comme bureau de planification pour l’aménagement des espaces libres et comme bureau de gestion de projet. Les fondateurs AW Faust, Klaus Schroll et Bernhard Schwarz se connaissent depuis de nombreuses années. Auparavant, ils avaient déjà souvent coopéré dans différentes configurations. Ils eurent donc l’idée de mettre en commun les expériences acquises dans le domaine de l’architecture paysagère et de continuer à développer conjointement le projet sinai, un projet qui existait depuis 2001.
Le nom sinai reflète l’image d’un « paysage de pensée mouvementée » ou celle d’une « patrie de l’itinérance » au stade de la conception. Au cœur de son travail, sinai recherche consciemment la confrontation avec l’alternance entre la présentation et le contenu d’un projet. sinai ne représente pas un style de conception prédéfini, mais au contraire un processus de conception et de développement. Ce processus, empreint de curiosité et d’inventivité, est constamment en mouvement. La recherche de discussions interdisciplinaires est voulue. C’est seulement lorsqu’un tel champ de tension a été créé entre modèle planifié et contre-modèle, que des réflexes planifiés et bien établis disparaissent et que la solution, spécifique et appropriée à chaque site, se précise.
Actuellement, sinai, dont le siège est à Berlin, emploie environ 40 architectes-paysagistes, architectes et ingénieurs.
Website: www.sinai.de

AW Faust

  • 2006 Création de sinai. Faust.Schroll.Schwarz. GmbH
  • 2001 Création de sinai.exteriors
  • 1998 – 2004 Direction Conception/Projet, Planification & Construction paysagistes, Berlin
  • depuis 1994 Collaboration libre dans différents bureaux de planification
  • 1989 – 1994 Études TFH Berlin (Entretien des paysages)
  • 1988 – 1989 Études LM Universität München (Philosophie)
  • 1985 – 1987 Activité d’intérimaire espaces verts
  • 1983 – 1985 Formation professionnelle Pépinière Wörlein, Dießen am Ammersee